(7 février 1929-31 mars 2026)
Mais on sentait comme un appel d’air
Vers un inconnu intime
D.S.Premier

L’anniversaire des nonante ans – Puyricard –
Un poète qui ne demande rien à personne (sauf peut-être
aux heures de retrouvailles un verre de whisky ),
un poète qui donne sans compter ( avec son geste d’offrir
à travers les années en toute circonstance
aux personnes croisées un feuillet appelé la Besace
qui ne gratte pas l’amitié mais l’allume comme une évidence ),
un ami qui, au moment de l’au-revoir avec la main
-elle tremble un peu derrière la vitre –
vous dit : « de toute façon, nous, c’est autre chose… »
parce qu’il a deviné un lien mystérieux qui traverse
tous les au-revoir,
un homme- lutin de fantaisie qui est la légèreté même
en ce qu’elle signe la grâce, la silhouette de présence
qui court d’un rebord de la vie à l’autre,
un toujours enfant, en somme,
dont je reçois un mois avant le terme
une lettre signée d’un dessin de fantôme complice
avec ces quelques mots
tracés en couleur vert: « Je pense à toi ».

À son sixième étage des Charmettes
que je gagnais toujours par l’escalier
en guise de préparatif à la belle rencontre,
j’imagine
entre la mer et la montagne
le chien Cookie, l’amuseur journalier,
Émilia, la dévouée au jour le jour,
Nathalie la fille prévenante et sensible,
Lucile, la petitoune enchanteuse,
Manou la compagne des anciennes fêtes
devenue muette
sur laquelle il veille, et d’autres encore de fidèle compagnie,
tout son petit monde peuplé d’histoires malicieuses
et de tendresses
comme des fioretti d’artistes.
Mais aujourd’hui on fait silence
pour le passage.
On trinque au silence qui s’accomplit.
Et déjà une chanson revient siffler à nos oreilles.
Une chanson se promène avec lui
par toutes les rues du monde.
Pour nous tous qui savons avec lui
les mots offerts par Louis Amade à Gibert Bécaud
quand il est mort le poète, nous qui savons
qu’il y aura toujours son étoile cachée
à retrouver
dans un grand champ de blé.
Et tout à côté, le bleu des bleuets
qui nous traverse à cet instant
et parle déjà, l’incorrigible,
de renaître.
Le 31 mars 2026

Au Coton rouge, exposition Gilles Bourgeade, Aix-en-Provence, 18 juin 2021