DANIEL SCHMITT

(7 février 1929-31 mars 2026)

Mais on sentait comme un appel d’air

                                  Vers un inconnu intime

                                                 D.S.Premier

L’anniversaire des nonante ans – Puyricard –

Un poète qui ne demande rien à personne (sauf peut-être

aux heures de retrouvailles un verre de whisky ),

un poète qui donne sans compter ( avec son geste d’offrir

à travers les années en toute circonstance

aux personnes croisées un feuillet appelé la Besace

qui ne gratte pas l’amitié mais l’allume comme une évidence ),

un ami qui, au moment de l’au-revoir avec la main

-elle tremble un peu derrière la vitre –

vous dit : « de toute façon, nous, c’est autre chose… »

parce qu’il a deviné un lien mystérieux qui traverse

tous les au-revoir,

un homme- lutin de fantaisie qui est la légèreté même

en ce qu’elle signe la grâce, la silhouette de présence

qui court d’un rebord de la vie à l’autre,

un toujours enfant, en somme,

dont je reçois un mois avant le terme

une lettre signée d’un dessin de fantôme complice  

avec ces quelques mots 

tracés en couleur vert: « Je pense à toi ».

Une lettre de Daniel Schmitt – 2024

À son sixième étage des Charmettes

que je gagnais toujours par l’escalier

en guise de préparatif à la belle rencontre,

j’imagine

entre la mer et la montagne

le chien Cookie, l’amuseur journalier,

Émilia, la dévouée au jour le jour,

Nathalie la fille prévenante et sensible,

Lucile, la petitoune enchanteuse,

Manou la compagne des anciennes fêtes

devenue muette

sur laquelle il veille, et d’autres encore de fidèle compagnie,

tout son petit monde peuplé d’histoires malicieuses

et de tendresses

comme des fioretti d’artistes.

Mais aujourd’hui on fait silence

pour le passage.

On trinque au silence qui s’accomplit.

Et déjà une chanson revient siffler à nos oreilles.

Une chanson se promène avec lui

par toutes les rues du monde.

Pour nous tous qui savons avec lui

les mots offerts par Louis Amade à Gibert Bécaud

quand il est mort le poète, nous qui savons

qu’il y aura toujours son étoile cachée

à retrouver

dans un grand champ de blé.

Et tout à côté, le bleu des bleuets

qui nous traverse à cet instant

et parle déjà, l’incorrigible,

de renaître.

Le 31 mars 2026

                     Au Coton rouge, exposition Gilles Bourgeade, Aix-en-Provence, 18 juin 2021