L’ALBUM VINYL « ANNÉES 70 » est de retour…

Témoignage

C’est la fin des années 70. La vie étudiante commencée à Aix-en-Provence avec la naissance de la ferveur poétique prend un tour nouveau. Prétextant l’impératif d’étudier le swahili à l’Insitut des langues orientales, je fais cap vers Paris où je suis admis en deuxième année à Science-Po et en DEA d’histoire économique  à Panthéon-Sorbonne. Le jeu des équivalences a fonctionné à merveille.

Mais c’est un peu trop pour un seul homme, d’autant que la vraie passion qui m’anime est ailleurs : la poésie, couplée à la chanson, me fait signe. Ce temps est celui des rencontres entre jeunes écrivains avec en particulier l’association ACIPAS que j’avais créée à Marseille avec la revue Avalanche.

Un jour, je fais la connaissance d’un homme singulier qui a pris la route, vécu des temps à la Kerouac, et qui surtout me fait entendre ses chansons avec sa voix attachante et son jeu de guitare de gaucher. Il porte le prénom étonnant de Gontran. Plus tard, je découvrirai son autre passion, l’histoire,  le culte des terres et des filiations. Mais là, seule m’importe la chanson. Et Gontran a déjà réalisé un album qui me transporte. Autobahn.  Je rêve de faire naître mon propre album avec quelques-unes de mes chansons. Gontran me donne l’adresse d’un studio, m’encourage. Je me vois arriver dans le lieu, totalement inconnu pour moi, soucieux de faire vite ( car je dois payer à l’heure), je sens aussi une fébrilité de débutant dans mes mains de guitariste, moites à souhait.

J’ai trouvé un sympathique joueur de flûte traversière Pascal Bigel pour étoffer mes deux chansons revenues de Berlin ( un an plus tard, je rencontrerai Patricia joueuse de flûte traversière avec qui je partagerai une grande partie de ma vie…).

L’objet « album » 33 tours est une aventure. La platine, la galette, et puis la pochette. Une centaine d’exemplaires.

Ma photo sur la pochette est un souvenir (déjà !) d’un voyage inaugural au Maroc. Les gorges du Dadès, me semble-t-il. Je tente un regard de ténébreux, avec un t-shirt plutôt sportif, on a placé en médaillon la frimousse arrondie de mon compère Gontran affublé de sa guitare.

En face A figurent quatre chansons.

Isabelle, écrit pour mon amie de cœur d’alors, est un jeu sur les prénoms féminins et les chemins réservés par la vie.

Aux bancs de la faculté salue le temps d’Aix-en-Provence, le 46 cours Mirabeau, la villa Désirée, un climat troubadour, et ces heures rares où « on venait prendre le thé/ on y passait la journée ».

Petit bonhomme raconte en peu de mots les aspirations et les mésaventures de l’être humain. J’avais pour l’occasion récupéré un jeu de guitare inspiré par des accents andins, mais en allégeant le plus possible, émotion contenue.

Rue de la Tour est une chanson de consolation après un rude déboire amoureux avec la figure secourable de « l’étranger » que j’avais rencontré dans un monastère dans la Drôme.

La face B proposait deux chansons revenues d’un voyage dans le Berlin de la guerre froide.  Et le rameau dans les mains  porte la conscience de voix oubliées, les renoncements du silence et quelque chose comme l’espérance en un monde meilleur.

Ballade pour un mur allonge la phrase, délie des versets comme des méditations. L’influence des psaumes, sans doute. Le désir de mettre la poésie au centre avec ses colères, ses tristesses et sa quête de ferveur.

Mélopée est signé par Gontran dont je souhaitais qu’il fût présent dans cet album. Un hymne de proximité à celle qui apparaît dans son quotidien à cette époque et désormais l’accompagnera pour toute une vie.

Ça grésille, ça racle parfois, la voix semble venir de bien loin, les maladresses sont légion. Oui, mais voilà. Ça existe. Et aujourd’hui, à nouveau, les chansons se fraient leurs routes sous la patine du temps. Comme des ballades d’une époque qui n’est jamais révolue. Tant que la spirale du temps fait signe. 

Désormais Années 70 est trouvable sur les plateformes, avant peut-être de ré-apparaître à nouveau sous le format Vinyl.